Pour une école de la transmission !

Ecrit par Sens Commun sur . Publié dans Accueil, Actualités, Nos propositions

« L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité et, de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus. C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler le monde commun. »

Ainsi Hannah Arendt conclue-t-elle son essai sur La Crise de l’éducation, publié en 1961 mais plus que jamais d’actualité.

Rapport education

L’École de notre pays traverse en effet une crise majeure : les résultats alarmants des enquêtes internationales, l’illettrisme endémique (20% des élèves touchés à l’entrée en 6ème), le décrochage de masse (150.000 jeunes par an), ou la désaffection pour les métiers de l’enseignement, attestent que l’Éducation nationale assume de plus en plus difficilement son rôle de transmission.

La première raison tient à la massification du système éducatif. Il était impensable de gérer la masse comme on gérait naguère une élite. L’institution scolaire, tout en grossissant (son budget, en euros constants, a presque doublé depuis 1980), n’a pas su se décentraliser, et s’est donc bureaucratisée à outrance. L’Éducation nationale doit aujourd’hui gérer plus de 800.000 professeurs et 220.000 personnels non-enseignants : elle est le quatrième employeur mondial national, après l’armée chinoise et les chemins de fer indiens. La Cour des comptes y pointe régulièrement une gabegie humaine et financière, au sein de laquelle personne n’est en mesure d’assumer des responsabilités : ni les parents, qui ne peuvent choisir l’établissement où inscrire leur enfant, et sont dès lors enclins à se comporter en consommateurs d’école ; ni les professeurs, qui ne choisissent pas leur lieu d’affectation, et n’adhèrent donc pas forcément au projet éducatif censé les mobiliser ; ni les chefs d’établissements, qui ne choisissent pas leur équipe pédagogique, et ne peuvent donc être véritablement garants de la réussite des élèves qu’ils accueillent. 

Par ailleurs, depuis 40 ans, l’École est devenue le champ d’expérimentation idéologique de pédagogues soi-disant progressistes qui ont ruiné, non seulement la transmission, mais la dignité même du savoir. Le sentiment de déclassement des professeurs, recrutés pour leur expertise dans une discipline précise, auxquels on demande désormais de « créer des dynamiques de groupes », de passer avec les élèves des « contrats d’objectifs pédagogiques », en est la conséquence immédiate. La centralisation joue encore un rôle ici, car quand les mauvaises réformes sont passées, elles sont passées partout. L’École a perdu de vue le lire-écrire-compter, ainsi que l’histoire du pays dont elle avait en charge l’avenir. On se retrouve aujourd’hui avec des bacheliers qui ne savent pas écrire correctement.

Tous ces dysfonctionnements continuent à être récupérés par une certaine idéologie. Si cela va mal, c’est que l’État ne donne pas assez de moyens, qu’il n’y a pas assez de professeurs, qu’il n’y a pas assez de classes, pas assez d’ordinateurs… Bien souvent, toutefois, il y a beaucoup d’ordinateurs, peu d’élèves dans les classes, beaucoup de professeurs… Le choc du réel frappe tous les esprits honnêtes, mais la taille de la corporation est telle que ses représentants vivent dans un milieu fermé ; l’air extérieur ne passe pas. 

Cela pose le problème de la réformabilité du système scolaire ; l’histoire récente tend à montrer que l’Éducation nationale n’est tout simplement plus réformable par elle-même. Seule une volonté politique extrêmement déterminée, utilisant au besoin le levier du référendum, sera à même d’initier une transformation à la hauteur des enjeux éducatifs de notre pays. En d’autres termes, nous appelons la droite à faire de la question éducative une absolue priorité.

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