Pour un conservatisme de terrain et de combat

Ecrit par Le Mouvement Conservateur sur . Publié dans Accueil, Articles non categorisés, Dans la presse

Conserver ce qui doit l’être et surtout reconstruire ce qui a été détruit. C’est l’ambition du conservatisme politique que le Mouvement conservateur a fait émerger lors de la Journée du Conservatisme en 2018 et dont le travail s’est poursuivi avec des parlementaires, élus locaux et penseurs. Elle prend forme dans Le Manifeste du Conservatisme, publié en octobre dernier. Parce que l’engagement politique n’est plus une option, mais un devoir.

 

Le 4 février 2017, Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République, prononçait lors d’un meeting électoral à Lyon la phrase suivante : « Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse ». Le 21 février à Londres, il enfonçait le clou : « L’art français, je ne l’ai jamais vu. ». Pour la première fois dans l’histoire politique de notre pays, un candidat à la fonction suprême admettait ne pas entretenir de lien charnel avec la France et ne pas reconnaître qu’elle se définit par un ensemble de caractéristiques propres qui la distingue des autres nations. Ces propos marquaient le parachèvement de la réorganisation de l’arène politique française autour de nouvelles lignes de clivage partisanes. Dépassant l’ancienne rhétorique gauche / droite, la nouvelle offre politique allait dorénavant se cristalliser autour de deux visions radicalement opposées : celle d’une France hors-sol, dont le salut ne passerait que par son adhésion au relativisme, à l’individualisme et au globalisme désincarné ; et celle qui pense au contraire que l’action politique doit être soumise à des impératifs normatifs, comme la protection de l’intérêt supérieur de la France et l’attachement à la nation. Le conservatisme s’inscrit dans cette seconde proposition.

Être conservateur, c’est rappeler que la ligne rouge de l’action politique est sa conformité au cadre anthropologique, culturel et civilisationnel français consacré par le temps et l’histoire. C’est la mission que s’est donnée le Mouvement Conservateur.

 

Ce nouveau partage des lignes de clivage n’est que l’adaptation de l’offre politique aux enjeux qui traversent la société française. Alors que l’économie, faisant fi des frontières et des nations, s’est affranchie de tout patriotisme, quarante années de gauchisme culturel ont de leur côté achevé de faire sauter tous les repères anthropologiques et sociétaux hérités de notre civilisation. La force d’Emmanuel Macron est d’avoir réussi à comprendre ces nouvelles règles du jeu qui travaillaient déjà la société française.

Il est l’incarnation du politicien citoyen du monde, mû par sa foi inébranlable en une économie libérée du carcan national. Porté par un multiculturalisme nihiliste, qui doit lui aussi opérer sans contrainte, il est l’homme de la déconstruction qui conduit à la liquidation de la nation.  Convaincu que toute nouveauté est nécessairement une amélioration, que la limite est privation de liberté plus que protection de celle-ci, il cherche à transformer le monde plutôt qu’à le réformer.

 

De nombreuses forces conservatrices ont réagi à cette nouvelle France que certains voudraient postnationale. Elles irriguent elles aussi le cœur de la société française depuis plusieurs années et font entendre leur voix. Quand la menace sanitaire, économique, sécuritaire est omniprésente, chacun réalise ce à quoi il tient. Elle réveille en nous un instinct de conservation. Dans ce contexte, les appels au patriotisme économique, à la souveraineté juridique et à la sauvegarde de l’identité française répondent à une urgence.

Reste que cette opposition citoyenne et conservatrice fut longtemps politiquement orpheline. La droite, engluée dans son obsession du consensus, peine à ne pas être seulement une non-gauche. Dès 2017, nous avons saisi ce qui se jouait : si la droite n’a avec le progressisme d’En Marche qu’une différence de degré, elle se contentera de marcher dans les pas d’Emmanuel Macron, n’offrant que des alternatives à la marge. C’est seulement si elle affirme une différence de nature avec ce progressisme qu’existe une option à même de lui redonner vision et projet pour la France. C’est l’objectif du Mouvement Conservateur : fédérer les forces vives conservatrices autour d’un projet politique commun.

Au-delà des réflexions conservatrices menées par les think-tanks, les intellectuels et les universitaires, sur lesquelles nous nous appuyons, nous incarnons avant tout un conservatisme de terrain et de combat, solidement ancré dans la société civile. Nous pensons fermement que la droite sera conservatrice ou elle disparaîtra !

 

Mot longtemps tabou en France, conservateur renverrait à réactionnaire, caricature peu flatteuse de celui qui serait opposé au progrès et prônerait un retour à un état social ou politique antérieur. Loin de chercher dans le passé un refuge, le conservatisme s’inspire plutôt du passé pour construire l’avenir. Loin d’être opposé au progrès, il s’oppose cependant au progressisme. Là où ce dernier veut jouir sans entraves au nom d’un individualisme exacerbé, le progrès cherche l’amélioration de la condition humaine en respectant un certain nombre de balises morales et anthropologiques qui ont été consacrées par le temps et l’histoire.

En ce sens, le conservatisme réintègre la notion de limite et prône une prudence qui le rapproche de la phronésis aristotélicienne. Il rappelle que l’action politique s’opère toujours au sein d’un espace normatif qui la précède. Nous pratiquons donc une politique de l’attachement ; nous avons reçu en héritage la civilisation française, qu’il nous convient d’aimer, de protéger, d’améliorer lorsque cela est nécessaire, afin de pouvoir la transmettre. Plutôt que d’entretenir une relation d’hostilité envers le passé en embrassant béatement l’avenir, le conservatisme préfère, selon le mot de Disraeli, « conserver ce qui vaut, réformer ce qu’il faut. »

 

Au-delà des consensus médiatiques et politiques en trompe-l’oeil qui laissent croire à une hégémonie du progressisme et à la fatalité d’un sens de l’histoire, nous constatons que l’alternative conservatrice est attendue par les Français. Notre grande consultation Le Conservatisme, un espoir pour la France ?, menée du 15 mai au 30 juin 2020, a confirmé qu’il existe bien une base populaire, et donc électorale, qui s’intéresse aux idées exprimées par le conservatisme, qui les attend et qui y adhère. Avec près de 240 000 interactions avec les principes proposés et 1 153 propositions concrètes déposées, elle traduit l’immense espoir que suscite l’option conservatrice en France. Fruit de cette consultation, Le Mouvement Conservateur a publié fin 2020 Le Manifeste du conservatisme qui compile et synthétise l’ensemble des travaux effectués https://mouvementconservateur.fr/index.php/manifeste-du-conservatisme/

 

Philosophie de l’enracinement et de l’attachement, le conservatisme vise à défendre le cadre national, civilisationnel et anthropologique dans lequel prend place l’action politique afin de protéger les repères de ceux qui y évoluent. Cela repose sur un certain nombre de priorités qui sont autant de lignes directrices à respecter dans la gestion de la Cité.

La première de ces priorités est la défense et le maintien de la nation dans sa souveraineté, dans son autorité, dans son identité, qui sont autant de conditions de son existence. Cela implique une France souveraine vis-à-vis des autres puissances et des organisations supranationales, capable d’imposer son autorité et d’être obéie sur l’ensemble de son territoire, apte à protéger et entretenir sa culture et son identité, et qui puisse assurer la pérennité de son existence en réaffirmant le rôle de la famille comme cellule sociale de base. Cela implique nécessairement que l’accent soit d’abord mis sur les fonctions régaliennes de l’État, dont la justice, la sécurité intérieure et la sécurité extérieure sont les priorités. Loin de se limiter à la contrainte ou à la coercition, ces fonctions sont au contraire les garanties de la souveraineté de la France, condition sine qua non à l’exercice de la liberté.

 

Sans frontières, point de territoire délimité au sein duquel exercer notre souveraineté et notre démocratie, et point de protection ! Réaffirmer l’existence de frontières réelles, c’est aussi vouloir guider l’action politique par l’intérêt supérieur de la France. La crise de la COVID-19 nous a rappelé cette réalité en donnant une terrible leçon d’humilité aux tenants de la libre circulation des biens et des personnes : les frontières, c’était mal, jusqu’au moment où la pandémie leur a rappelé l’évidence de leur protection et de leur utilité ! La primauté de nos intérêts nationaux sur toutes autres considérations inspire aussi les relations que doit entretenir la France avec les organisations supranationales, notamment l’Union européenne. L’adhésion de la France à de telles entités ne doit se faire qu’à la condition que celles-ci visent à faire travailler ensemble des nations souveraines, sans se substituer à elles.

 

Le cœur du conservatisme vise la protection de l’identité de la France et ce qui la caractérise intrinsèquement. L’existence d’une société tient à l’homogénéité de ses mœurs; c’est cela qui la distingue des autres et justifie la démarche de protection et de valorisation de ce qui la constitue. C’est la thèse défendue par Claude Lévi-Strauss lors de sa conférence Race et culture prononcée à l’UNESCO le 22 mars 1971, et dans laquelle il soutenait l’idée on ne peut plus conservatrice que les sociétés devaient maintenir « une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs pouvant aller jusqu’à leur refus » pour pouvoir subsister.

Dans l’approche conservatrice, cela passe tout d’abord par le droit de choisir qui la France veut accueillir sur son territoire. Le contrôle des flux migratoires, la lutte contre l’immigration illégale, et la fin de l’accueil inconditionnel des migrants sont donc au cœur du projet conservateur.

Cela passe ensuite par la lutte contre les idéologies exogènes qui viennent menacer son mode de vie et miner la concorde nationale : l’islamo-gauchisme, l’indigénisme et le décolonialisme fournissent à l’actualité de tristes faits. Ils gangrènent depuis longtemps nos universités en nourrissant le ressentiment des minorités, empêchées de rejoindre la communauté nationale. La réponse se situe dans la promotion d’une politique culturelle et patrimoniale qui délaisserait la doxa diversitaire au profit d’une valorisation de l’unité nationale et du rayonnement de la culture française. L’éducation a dans ce projet une place centrale : transmettre les savoirs fondamentaux et enseigner l’amour de la France, que ce soit au sein de l’école publique, des écoles privées, ou en faisant confiance aux parents dans le cadre de l’instruction à domicile.

 

Si le conservatisme est la philosophie de l’enracinement, alors il ne peut faire l’impasse sur la dimension écologique. Le lien charnel qu’il entretient avec la terre, avec l’oikos comme aimait à le rappeler le philosophe Roger Scruton, le rend particulièrement sensible à la protection de la nature, celle de son environnement et celle de l’homme, sans oublier la préservation du patrimoine naturel esthétique. C’est bien la nature de l’homme qu’il s’agit aujourd’hui de préserver. Réduit par les antispécistes à n’être qu’un animal parmi d’autres, promis par les transhumanistes à une humanité augmentée où ne subsisteraient que les plus beaux et les plus forts, l’homme du XXIe siècle doit se rappeler que les limites protègent notre liberté. L’écologie est un sujet trop sérieux pour être confié aux idéologues aveuglés par la folie absurde des éoliennes qui détruit et massacre les paysages sans apporter la preuve de son efficacité.

 

Enfin, le conservatisme est porteur d’un projet économique : celui d’un juste équilibre entre liberté d’entreprendre et patriotisme économique. Il reconnaît par ailleurs l’importance d’une saine gestion des finances publiques pour réduire une dette mortifère, la réhabilitation de l’économie de marché et le travail comme création réelle de richesse, tout en restant attaché au principe de solidarité et au filet social qui caractérise notre pays. Mais il n’y a pas d’efficacité économique et sociale sans confiance, sans sentiment d’appartenance à la communauté nationale, sans éthique collective pour sous tendre les relations entre les acteurs économiques. Préserver la liberté d’entreprendre est la condition première pour appréhender l’avenir avec audace et faire rayonner le génie français dans le monde. Nous devons relever le défi de la libération des forces vives de notre pays en allégeant drastiquement les charges qui pèsent sur le travail et en recentrant l’Etat sur ses missions régaliennes aujourd’hui sacrifiées.

 

Parce que nous venons tous de quelque part, le conservatisme est une philosophie qui fait le lien entre le passé, le présent, et le futur. Il inscrit donc la politique dans le temps long. Il rappelle que la France n’est pas une société multiculturelle composée de communautés qu’il faudrait accommoder, ni une société fluide et liquide voguant au gré des revendications de minorités culturelles ou sexuelles dans un présent perpétuel. Recevoir, aimer, protéger, améliorer, transmettre : Nous appelons tous ceux qui veulent poser un regard conservateur sur la France à participer à ce Mouvement Conservateur qui désormais réunit tous ceux qui travaillent à la reconstruction d’une droite affranchie des critères de respectabilité édictés par le progressisme. « Il suffit, nous dit Mauriac, d’un petit nombre d’esprits fidèles pour que le lien soit maintenu ». Soyons déterminés aujourd’hui et de plus en plus nombreux demain.

Laurence Trochu

Texte paru dans la revue Le Nouveau Conservateur Mars 2021