Non, ce n’est pas une guerre !

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Par Laurence Trochu, Conseillère départementale des Yvelines, Présidente de Sens Commun, Membre du Bureau politique Les Républicains

La montée en puissance de la lutte contre le Coronavirus ne s’est pas faite sans peine. Elle a été vécue avec un sentiment mêlé d’étonnement, d’ironie et de crainte. La peur était, il est vrai, loin d’être prédominante dans les premiers temps. La situation était pourtant préoccupante et le président Macron savait qu’il faudrait, pour la France, en passer par des mesures difficiles, inédites pour cette génération. Pour les annoncer, il lui fallait donc instaurer une crédibilité. Il fit alors le choix d’une ficelle politique usée mais souvent efficace : revêtir le costume de chef de guerre.

Pour sa première grande intervention devant la France confinée, il répéta six fois en quelques minutes que nous étions « en guerre », comme pour s’en convaincre lui-même. Après s’être imaginé Louis-Philippe contre les conservateurs au début de son mandat, Al Gore contre les sceptiques pour « make our planet great again » un peu plus tard, il est dorénavant Charles de Gaulle contre le virus et martèle avec ce nouveau costume ce qui doit être le fondement de sa légitimité. C’est là une nouvelle forme de l’imposture qu’il fait peser sur l’époque.

Nous l’avons ainsi vu solennel dans ses bureaux de l’Elysée, thaumaturge visitant les malades, martial devant un hôpital de campagne monté pour l’occasion. Le mot d’ordre de ce nouveau conflit n’est plus « Engagez-vous pour défendre votre patrie contre l’envahisseur », mais « Sauvez des vies, restez chez vous ». En guerre, il y a affrontement entre deux volontés opposées alors qu’aujourd’hui, c’est un virus qui contamine et une population qui, partout sur terre, cherche à s’en protéger. Dans le cadre d’une véritable guerre, on exalte les vertus, l’esprit du don de sa personne, l’intérêt supérieur de la patrie. Ici, en cherchant à transformer cette crise sanitaire en guerre, on réduit tout Français à un guerrier de canapé, un vigile des séries télévisées et un soldat des expérimentations culinaires à la Top Chef. Encore une fois, ce gouvernement joue à faire « comme si » et décrédibilise ainsi fortement, structurellement, la parole publique.

Pourquoi mal nommer les choses ? Chacun sait ce qu’est une épidémie, chacun sait quels sacrifices cela implique pour la contenir, nul besoin de singer la guerre. Nos héros, nous les connaissons, ce sont les soignants – nul besoin de les affubler de treillis militaires. Car si un jour la guerre revient réellement sur notre sol, et c’est possible, nous ne saurons plus la reconnaître et nos résistants, plutôt que de prendre le maquis, courront faire des provisions de pâtes.

Nous ne sommes pas en guerre. Macron n’est pas de Gaulle. C’est une épidémie, grave, qu’il faut faire refluer par l’éducation aux comportements collectifs ajustés, par la priorité donnée à la recherche et à l’hôpital public, par le traitement médical approprié pour tous les Français. En faisant croire que nous sommes en guerre, Macron parodie le passé et crée le mythe dévastateur, mais si “moderne”, de la bonne morale et de la bonne conscience à bon compte. C’est précisément de tout cela que l’on meurt aujourd’hui, collectivement, et que lui-même meurt, politiquement : personne ne veut suivre un chef d’Etat qui « joue à ». Être un chef ne se décrète pas.

Il suffirait d’être vrai, de dire avec justesse ce qui est, et qui saute aux yeux : on nous confine, on nous parque, parce que, sans masque et sans test, c’est la seule recette que le gouvernement a sous la main. Le président Macron semble redécouvrir depuis quelques jours et après des années de mépris l’intérêt des frontières, de la souveraineté, de l’investissement public – mais cette conversion-là, comme toutes les précédentes, nous la lui dénions : elle suppose la cohérence et l’adhésion intime à des valeurs et à une lecture du réel qui ne sont pas les siennes. Le macronisme est une idéologie post-nationale qui, méprisant les peuples et les permanences, puise son salut dans un mondialisme aveugle et un européisme béat dont nous constatons la cruelle inefficacité. Des solutions techniques à des problèmes techniques, voilà le logiciel avec lequel le Président veut mener sa pseudo-guerre.

Toute tentative d’union nationale sur le modèle du Conseil National de la Résistance est donc d’emblée frappée de nullité. Chacun devra répondre de ses actes et ne pourra se réfugier dans le blanc-seing d’une union nationale factice : il serait irresponsable de dépolitiser la gestion de crise. Nous respectons donc une trêve républicaine bien légitime le temps que la crise sanitaire soit passée et que les Français puissent se remettre de cette épreuve. Mais, à l’issue de celle-ci, un bilan sans concession devra être établi et chacun aura à en tirer les conséquences qui s’imposeront. Notre responsabilité de mouvement politique, aujourd’hui, est de dénoncer fortement la « fake reality » que le pouvoir en place essaye de construire autour de la situation actuelle.

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