PLF 2017 : « Budget de campagne » ou drague budgétaire ouverte

Ecrit par Sens Commun sur . Publié dans Accueil, Analyses, Décryptages

img_2805Sens Commun voudrait pouvoir lire dans les engagements du gouvernement pour le budget de 2017 un signal positif d’un retour à une économie de croissance et de réduction du déficit. Et pour cause, les chiffres annoncés ont de quoi plaire :

  • déficit public évalué à 2,7% du PIB, en-dessous donc de la barre des 3% fixés par Bruxelles,

  • croissance de 1,5% contre 1,3% en 2016,

  • stabilisation de la dette évaluée à 96% du PIB,

  • baisse de 1 milliard d’euros d’impôts sur le revenu qui profitera à près de 1,3 million de foyers de classe moyenne.

Pourtant, les critiques ne se sont pas faites attendre pour dénoncer une analyse macroéconomique trop optimiste. Les mesures annoncées ne sont une nouvelle fois pas à la hauteur de l’attente des Français. Le Haut Conseil des Finances publiques (HCFP) juge « improbable » une telle réduction du déficit, l’INSEE aussi s’est élevé contre la prévision d’une croissance à 1,5%, sans compter les nombreuses oppositions soulevées dans l’hémicycle.

De plus, concernant les dépenses en matière de sécurité et d’éducation, deux priorités actuelles du gouvernement, les promesses seront tenues, mais à quel prix ? 3 milliards d’euros supplémentaires seront dépensés pour tenir les engagements du gouvernement en la matière, mais sans chercher à améliorer ni l’efficacité des dépenses en matière d’éducation, ni à prendre en compte les besoins réels des policiers et de l’armée en matière de sécurité. N’a-t-on pas assez parlé du gâchis de l’opération Sentinelle ?

En effet, ces timides mesures demeurent insuffisantes, voire contradictoires, pour mener à une baisse significative de la dépense publique et à une hausse de la compétitivité :

  • Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi sera relevé (le CICE est un avantage fiscal correspondant à une baisse des charges sociales afin de favoriser les embauches). Cependant, cette mesure ne prendra effet qu’en 2018, faisant porter sur le futur quinquennat des choix fiscaux peu efficaces. De plus, ce relèvement du CICE de 6% à 7% se fera en lieu et place de la disparition totale de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) qui avait pourtant été promise dans le cadre du pacte de responsabilité. La crédibilité fiscale de l’exécutif est une fois encore mise à mal, alors que les agents économiques en général, et les entreprises en particulier, ont d’abord et avant tout besoin d’un cadre fiscal stable, lisible et prévisible.

  • Les grandes entreprises devront payer un dernier acompte d’IS plus élevé qu’aujourd’hui : A compter de 2017, l’État va ainsi collecter en année N d’avantage de sommes qu’il aurait dû théoriquement recevoir en année N+1. Autrement dit, cette mesure va provoquer des décaissements anticipés pour les plus grandes entreprises et ainsi une diminution de la trésorerie disponible pour investir.

  • Les baisses d’impôts ne seront mises en place que pour les salaires inférieurs à 1 700 €, ce qui fait une nouvelle fois peser le poids de la fiscalité sur les classes moyennes.

  • Prévu pour janvier 2018, le prélèvement à la source advient sans simplification drastique de notre système fiscal. Son coût de mise en place reposera en très grande partie sur les entreprises.

  • Le grand absent de ce PLF 2017 reste la réduction de la masse salariale publique, mesure nécessaire pour endiguer l’augmentation des finances publiques et donc de la dette publique.

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Nous ne pouvons continuer à faire peser sur les générations futures les dépenses somptuaires d’aujourd’hui, nous devons rompre avec les mécanismes d’appauvrissement continu. La croissance et la compétitivité des entreprises françaises souhaitées par ce PLF ne pourront être réalisées qu’en réduisant l’impôt sur les sociétés à 25% pour parvenir à la moyenne européenne, en faisant reposer le système des prélèvements obligatoires sur la consommation plus que sur les marges des entreprises et enfin en supprimant l’ISF, qui nuit aujourd’hui aux investissements privés dans l’économie.

Le gouvernement actuel n’a une nouvelle fois pas pris la mesure de son ambition, ce dernier budget de fin de règne n’a trompé personne.

 

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