Ni euro-béats, ni europhobes : nous ne voulons pas plus ou moins d’Europe, mais une autre Europe

Ecrit par Sens Commun sur . Publié dans Accueil, Dans la presse

Laurence Trochu et Philippe de Lespéroux, respectivement présidente de Sens Commun et coordinateur du projet Europe de Sens Commun, développent ici leur vision de l’Europe. 

A l’approche des élections européennes, certains tentent de nous vendre la soupe du vieux clivage stérile entre eurosceptiques et europhiles. Ceux qui veulent défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes seront avec dédain mis dans la case « souverainistes ». Ceux qui veulent faire entendre la voix des peuples seront qualifiés de « populistes ». Sommes-nous pour autant condamnés à la dilution des nations dans une Europe déracinée qui, en gommant le sentiment d’appartenance, détruit le contrat social ?

Le droit et la souveraineté des peuples sont pourtant le seul remède au mal qui ronge et détruit l’Europe. Il est temps de mettre un terme à la lente dérive d’un fonctionnement auto-légitimé, coupé des fondements de la démocratie, en dehors de tout pacte social, et de retrouver l’élan fondateur initial.

L’Europe ne souffre pas d’une désaffection des peuples. La Pologne et la Hongrie, aujourd’hui sur le banc des accusés, se sont battues et ont payé cher leur liberté d’adhérer à l’Europe. Elles savent combien nous avons besoin de l’Europe, d’une Europe protectrice et audacieuse, d’une Europe garante de la paix entre les peuples plutôt que source de divisions et de rancœurs. 

Ce qui provoque la rupture, c’est la façon dont la technocratie européenne s’est emparée du pouvoir, méprisant effrontément les peuples, leurs cultures et leurs droits fondamentaux. C’est parce que la gouvernance européenne est illisible, que personne ne comprend plus qui prend les décisions dans des processus techniques complexes, et que le droit supra national a pris le dessus sur la vision politique, que nous ne voulons plus de cette Europe-là.

De quels droits les juges de la Cour européenne des droits de l’homme, sans aucune légitimité démocratique, nous imposent-ils leur vision morale ?

Elle mène à l’ouverture des vannes de la dérégulation là où nous avons besoin de protection, et à l’accumulation de normes et de réglementations ubuesques là où nous avons besoin de liberté. Arrêtez de réglementer la taille des pommeaux de douche !  Arrêtez d’ouvrir nos assiettes aux produits alimentaires les plus dangereux venus de l’autre bout du monde ! Arrêtez d’écraser nos cultures et nos âmes sous le rouleau compresseur de l’empire des normes imposées “d’en-haut”. Cette uniformisation est une intrusion de l’Europe dans des domaines qui ne sont pas et ne doivent pas être de sa compétence.

De quels droits en effet les juges de la Cour européenne des droits de l’homme, sans aucune légitimité démocratique, ne rendant de compte à aucune autorité, nous imposent-ils leur vision morale ? Au nom de quoi leurs décisions, prises en dernier ressort, s’imposent-elles à tous les Etats membres ? De quels droits des bureaucrates décident-ils à huis-clos de nos valeurs et de nos droits, sans jamais être appelés à répondre de leurs délibérations, inspirées par une sourde idéologie progressiste drapée d’un soi-disant humanisme ?

Tant que nous n’oserons pas questionner les institutions européennes et remettre en cause leur fonctionnement, les nécessaires objectifs que nous fixons à l’Europe ne pourront être atteints. 

Et pourtant ! Les pays européens ne manquent pas de défis critiques à relever.

Il est temps que l’Europe réponde à la vocation que lui ont confiée les peuples

Face à la faillite du contrôle des frontières, l’Europe ne doit pas se contenter de renforcer les moyens de l’agence Frontex ; elle doit plutôt assumer la conduite d’une politique vigoureuse et coordonnée de protection de nos frontières, au lieu de pointer du doigt les pays qui ont l’audace de compenser la pusillanimité des décisions par des mesures qui tombent sous la censure de la CEDH. 

Face à la menace du totalitarisme islamique et aux conflits qui se multiplient à nos portes, l’Europe doit inventer une vraie politique de défense. Nous ne sommes plus dans l’après-guerre mondiale, avec la nécessité de s’appuyer sur les Etats-Unis pour contrer l’avancée soviétique. C’est le moment de réfléchir ensemble aux modalités de notre appartenance à l’OTAN qui ne correspondent plus nécessairement à la géopolitique actuelle.  

Face aux défis cruciaux de la démographie mondiale et de ses conséquences inévitables pour les pays européens, il est vital que l’Europe en prenne enfin toute la mesure, définisse et applique courageusement la politique que ces réalités imposent.

Face à la crise sanitaire et écologique qui nous menace, l’Europe doit arrêter ce comportement au pire cynique, au mieux schizophrène, qui consiste à réduire d’un côté les agriculteurs à la précarité, en signant des traités de libre-échange dont personne ne veut, tout en distribuant l’aumône de la PAC de l’autre. La seule politique agricole européenne qui vaille est celle qui réhabilite la capacité de nos agriculteurs à nourrir la population avec des produits de qualité, et à vivre dignement de ce travail précieux. Quand les coûts de production sont inférieurs de 25 % pour les éleveurs allemands et que l’écart dépasse largement 30 % pour les maraîchers espagnols, force est de reconnaître que la préférence communautaire n’a de sens que si elle s’appuie sur des règles valables pour tous les pays de l’Union européenne. 

Face aux exigences écologiques qui s’imposent à nous qui sommes intendants des ressources naturelles et humaines, il est urgent de renforcer la coopération européenne en termes de recherche et développement et lui consacrer le budget qu’elle mérite, afin que nos talents européens soient au service des priorités environnementales, technologiques, industrielles de l’Europe.

Ni euro-béats, ni europhobes

Il est temps que l’Europe réponde à la vocation que lui ont confiée les peuples. Et il ne suffit pas pour cela de s’introniser Jupiter au son de l’Hymne à la Joie.  Il faut aux peuples européens des finalités communes pour que puisse émerger une première personne du pluriel, un « Nous, Européens ». Mais, pour cela, un enracinement dans une histoire, une géographie et une civilisation reconnues et assumées est nécessaire. Riche de siècles de petits pas, d’efforts et de conquêtes, d’équilibres fragiles parfois nés dans la douleur, l’Europe n’est pas condamnée à se soumettre aux diktats de la mondialisation ni à disparaître dans l’obscurantisme islamique.

Sens Commun porte dans les débats qui s’ouvrent la voix de ceux qui veulent construire dès aujourd’hui une nouvelle Europe, fière d’un héritage unique, et prête à le transmettre aux générations futures ; une Europe refondée pour répondre aux besoins actuels, avec des institutions bâties au service des nations qui auront décidé de coopérer. Ni euro-béats, ni europhobes : nous ne voulons pas plus ou moins d’Europe, mais nous voulons une autre Europe.

Laurence Trochu

Philippe de Lespéroux

Lire l’article en ligne